Flambée des prix du bois d’œuvre en 2020 : Appelle-moi quand t’en auras!

Par Alain Gagnon, directeur des ventes

Le 13 mars 2020, notre gouvernement annonce la fermeture des écoles. Le 23 mars, c’est au tour des entreprises non essentielles et de la construction de fermer. La belle embellie du marché du bois d’oeuvre, qui nous donnait espoir depuis le début de l’année, s’efface. Entre le 23 mars et le début mai, le marché perd plus de 20% de sa valeur. Il y avait de quoi se décourager. Nos espoirs de faire une bonne année s’amenuisent de jour en jour. J’ai même de gros clients qui annulent ou repoussent des commandes craignant de rester pris avec leur stock.

Mais il y a un mais … Qui dit fermeture d’entreprises, dit aussi fermeture de moulins. Pour cause de ralentissement dû à la covid, certains gros joueurs dans l’Ouest canadien annoncent déjà des fermetures. Certains de plus en plus nombreux le font aussi par manque de main d’oeuvre. Le Québec, l’Ontario, l’Ouest canadien et l’Ouest américain annoncent semaine après semaine des fermetures temporaires d’usines de sciage soit à cause du marché, soit à cause d’un manque de personnel en usine ou en forêt en raison de la pandémie.

Il n’en fallait pas plus pour inverser la tendance. Pendant que les gens sont à la maison, ils bricolent, font des plans, élaborent des projets. Tant qu’à rester à la maison, autant l’embellir! Vous me voyez venir : pendant que les moulins ferment, la demande augmente et la rareté se crée. On voit donc à partir de la mi-mai 2020 les prix du bois d’oeuvre, tout comme l’ensemble des matériaux de construction, s’enflammer au point d’atteindre et de dépasser des records historiques.

La fenêtre de mon bureau donne directement sur le magasin Patrick Morin de Chertsey et je me souviens des longues files d’attente. J’ai même pris le téléphone pour appeler l’acheteur et lui dire « Coudonc, vous devez avoir de bons chiffres de vente ces jours-ci? » et de me répondre : « Alain, on ne fournit plus, on manque de tout, il n’y a plus de bois traité, tout est vide. » Et le téléphone s’est mis à sonner du genre : « Si tu as du 2x4x8, garde-le-moi ! » ou « Appelle-moi quand tu en auras! ». Résultat : la demande fut soutenue tout l’été jusqu’à la rentrée des classes.

Contre toute attente, les industries du sciage, des panneaux, des matériaux de construction n’ont jamais été aussi occupées. Bien sûr, les usines se pressaient de repartir, mais au ralenti, bien malgré elles. Pénurie de pièces, composantes électroniques, couteaux, scies, sous-traitants inaccessibles ou délais rallongés, tous des facteurs pour ralentir un retour à la normale.

Quoi qu’il en soit, Groupe Crête n’a pas fait exception, on a profité du marché, mais pas complètement. Il faut dire aussi qu’après la rentrée scolaire, cette « bulle » s’est vite dégonflée. Au point où on s’est demandé quand la chute s’arrêterait. Et bien elle s’est arrêtée aux élections américaines. Comme si toute l’Amérique attendait le feu vert pour avoir le droit d’espérer, qu’importe le gagnant. Cet espoir, conjugué à l’annonce de la découverte d’un vaccin quelques jours après les élections, a stimulé la remontée des marchés, dont celui du bois d’oeuvre. Remontée certes plus lente, mais constante.

Ce que l’avenir nous réserve? Les analystes s’entendent pour dire que la demande devrait rester soutenue en 2021, l’offre assez stable, les mises en chantier aux USA légèrement à la hausse. Et la réno?? Demandez à votre entourage, ceux qui n’ont pas pu réaliser leurs projets cet été l’ont reporté au printemps. Je doute fort qu’on revive la même folie de l’été 2020, mais on aura certainement droit à une saison occupée. Mais restons prudents, très prudents. Nous ne sommes pas à l’abri d’une 3e vague qui pourrait chambouler ces belles prévisions. Maintenant, ce qui est certain, c’est qu’il n’y a plus rien de certain.

Publié dans l’édition de décembre 2020 du Journal Le Branché